Conférence

Sean Moss-Pultz rappelle que cette conférence se déroule dans le cadre de "Business Track" (OpenExpo organise également des conférences sur 2 autres thèmes : "Government Track" et "Technology Track").
Il parlera donc du parcours, de l'avenir, des idées, des erreurs et des défis relevés par Openmoko.

D'après lui, si un adolescent de 15 ans va voir Steve Ballmer avec une idée de logiciel intéressant, celui-ci va l'écouter.
Par contre s'il va voir Intel avec une idée de matériel, on lui demandera "Qui sont tes investisseurs ? Où est ton usine ?".

Le fondement d'Openmoko est d'essayer d'appliquer les concepts du monde des Logiciels Libres à la fabrication de matériels ouverts.

Historique

Sean revient rapidement sur le parcours d'Openmoko en expliquant qu'il n'aime pas donner de chiffres mais ceux-là sont intéressants pour donner un ordre de grandeur.

  • Le Neo1973 : ce premier modèle a été très long à produire. Suite à une erreur, Openmoko n'en a vendu que 3 000.
  • Le Neo Freerunner : il est sorti en juillet 2008. Plus de 10 000 exemplaires ont été vendus à ce jour.

Distributions

Sean explique qu'il existe beaucoup de distributions mais en cite quelques unes qui ont fait parler d'elles:

  • Om2009 qui intégrera le framework FSO (l'équipe FSO étant présente au fond de la salle)
  • Android, la distribution de Google que tout le monde connaît
  • SHR (Stable Hybrid Release), distribution communautaire "très très intéressante"
  • Debian qui a été portée sur le Neo

Lors de la "Enbedded Systems Conference" (ESC'09, voir ici et ici), Sean a présenté le Neo Freerunner à des développeurs qui utilisent le noyau Linux parce qu'il répond à leur besoins (et pas pour des raisons philosophiques). Beaucoup ignoraient que la plate-forme ouverte qu'ils attendaient existait déjà et ils ont découvert le Neo Freerunner avec beaucoup d'enthousiasme. Ceci montre que Openmoko doit exister à long terme pour répondre à ce type de besoin.

Marchés

D'après Sean, Il y a beaucoup de marchés à explorer avec un appareil aussi flexible, y compris des voies complètement nouvelles.
Mais Openmoko n'est pas en mesure de tous les satisfaire.

"Chacun peux acheter le Neo Freerunner, y intégrer son logiciel et le revendre"

Accessoires

Sean montre l'exemple de la pochette en cuir de TuxBrain et explique, qu'ils avaient pensé à créer de tels accessoires mais n'en ont pas eu l'opportunité.
Il est intéressant de constater qu'en ayant publié les fichier CAD qui donnent avec précision les cotes de l'appareil en 3D, d'autres ont pu le faire plus rapidement.

Erreurs

Sean explique que sa présentation couvre de nombreux aspects. Dans les parties suivantes il donnera sa vision personnelle l'entreprise, du projet Openmoko, de la Communauté et les efforts de chacun.

Parmi les problèmes rencontrés au cours de cette aventure, Sean retiendra :

  • La gestion des priorités : l'exemple de Dash Express (voir ce billet) un projet qui a mobilisé 90% des ressources d'Openmoko pour honorer un engagement. Mais c'était à un moment critique car le Neo Freerunner allait sortir sur le marché.
  • La culture logicielle : la fabrication de matériel est plus complexe à gérer que le logiciel. On ne peut pas le corriger et recompiler tous les jours ! C'est pourquoi le Neo Freerunner a subi plusieurs itérations.
  • Les prévisions économiques : fin 2008, les ventes étaient bonnes. Aussi ils ont décidé de fabriquer plus de Neo freerunners. Mais les ventes ne se sont pas maintenues en 2009 ("certains blâmeraient l'économie mais je ne le ferais pas").
  • L'inventaire : c'est une des choses les plus effrayantes pour une petite entreprise : "nous avons un produit au coût de fabrication assez élevé et nous en avons des tonnes en inventaire".
  • La logistique : "nous imaginions pouvoir envoyer les produits de la fabrique directement chez vous". Mais les taxes et différentes règles d'importation rendent ceci très difficile. Il a fallu passer par un envoi en Californie, puis un pour l'Europe qui a pris beaucoup de temps.
  • Le cheminement : il faut se concentrer en alternance sur un projet, puis sur le précédent ou le suivant. La position actuelle est très proche des idées de départ mais le chemin pour y arriver n'a pas été une ligne droite (Il a fallu ré-écrire u-boot, le framework, etc ...).

Situation actuelle

Sean explique les défis que Openmoko doit relever aujourd'hui

  • Dépenses : les coûts de fabrication et de développement sont élevés.
    Comment gagner de l'argent quand on n'est qu'une petite start-up qui veut appliquer le modèle FOSS à du matériel avec une petite équipe, un serveur web et c'est tout ?
  • iPhone-killer : Le Neo Freerunner était souvent comparé à l'iPhone ce qui a eu un impact sur les attentes des médias et des clients. Mais l'iPhone n'existait pas au début du projet. Openmoko serait plutôt l'opposé et surtout très loin d'avoir autant de ressources que Apple.
  • Construire et adapter : "On essaye de construire une voiture de course mais on se rend compte qu'il n'y a plus de frein, que les pistons sont cassés, etc ...". Il faut non seulement créer une suite logicielle mais aussi tout ce qui va en-dessous (drivers pour le kernel, etc ...) et autour (entreprise indépendante).

Futur

En plus du développement du Neo Freerunner, Openmoko a deux projets : le projet GTA03 mais aussi un projet secondaire nommé "Projet B".
"J'ai toujours un plan de secours" a confié Sean.

  • projet GTA03 : c'est le remplaçant du Neo Freerunner. Il devrait être un téléphone destiné au grand public. Il y a beaucoup de problèmes non résolus actuellement. Son coût de développement, sa fabrication et les ressources nécessaires sont 5 fois plus élevés que celui du projet B
  • projet B : c'est un matériel ouvert et a destination du grand public. Il devrait intéresser beaucoup de monde. "J'en dirais plus bientôt".

La pression économique oblige Openmoko à faire un ajustement à court terme et ré-évaluer les priorités pour pouvoir continuer sur le long terme.
Se relancer dans la conception d'un téléphone mettrait l'entreprise dans une situation intenable aujourd'hui.
Le GTA03 est donc reporté à une date ultérieure.

En revanche, le lancement du Projet B devrait amener des rentrées d'argent et permettre de capitaliser avant de revenir à la conception d'un téléphone.

Et Sean rappelle le but original de Openmoko : d'utiliser la puissance et les concepts des Logiciels Libres pour les apporter au grand public sous la forme de matériel ouvert, idéalement un téléphone mobile fiable.

Départs

Il y a eu beaucoup de bruit sur les liste de diffusion à propos du départ d'employés de Openmoko et l'impact sur le futur de la société.
Comme beaucoup, Openmoko doit faire face à des réalités difficiles à cause de l'économie et des choix antérieurs.
Lorsque cela a été expliqué en interne, certains ont choisi de partir au lieu de rester mais chaque cas a été compliqué avec beaucoup de paramètres internes et externes.
Les effectif ont été divisés par deux ce qui leur permet de survivre plus longtemps.

Comment aider ?

Sean rappelle l'objectif d'utiliser les meilleurs concepts FOSS pour créer une entreprise de produits électroniques qui adopte Internet au lieu de le repousser : "Nous sommes sérieux dans notre volonté de créer un réel Business".

Openmoko est dans sa seconde année et beaucoup d'entreprises échouent au cours de la troisième année.
Cette année est donc cruciale et le projet B devrait créer une organisation qui pourra survivre à long terme.

Openmoko a besoin d'aide :
"Achetez le Freerunner, continuez à développer et restez impliqués".

Questions

Quelle est la prochaine étape cette année ?

S. M-P : "pour la partie développement, il s'agit de Om2009 qui viendra avec FSO ; un nouveau chargeur de démarrage (bootloader) très léger, et une nouvelle interface utilisateur. Pour la partie Business, Openmoko va rechercher de nouveau marchés et améliorer la logistique pour des expéditions plus efficaces et moins coûteuses."

Aujourd'hui est-ce sûr pour moi d'utiliser un Freerunner comme téléphone ?

S. M-P : "On peux toujours faire des appels sortants mais il m'est arrivé de rater des appels entrant. J'aimerais m'en débarrasser et n'utiliser que mon Neo mais je porte encore un Blackberry. Si vous êtes intéressés par le projet, je vous dirais de l'acheter maintenant. Si vous voulez seulement le mettre dans la poche ne plus vous en inquiéter, je vous dirais d'attendre encore."

Combien de temps faut-il attendre ?

S. M-P : "Nous avons publié un calendrier pour Om2009 et sa sortie est prévue pour fin juin. Ce logiciel est spécifiquement conçu pour des fonctionnalités de téléphonie basique. Fin juin, nous espérons obtenir un téléphone qui ne manquera plus d'appels entrants."

Conclusion Personnelle

Je trouve que Sean Moss-Pultz a su rester lucide et objectif : l'entreprise Openmoko n'est pas au mieux de sa forme, des erreurs ont été commises et il l'admet mais considère que ce n'est pas la fin pour autant.
La décision qui a été prise semble douloureuse mais c'était certainement la meilleure chose à faire.

J'ai déjà expliqué mon opinion dans ce message écrit avant même d'avoir vu la vidéo.
En résumé, je suis convaincu que c'est le bon choix et que la communauté peut faire la différence.
Avec un peu de bonnes volontés le GTA03 devrait être accessible à horizon 2010.

Mais comme lors de la sortie de Android sur le Freerunner, les informations relayées sur le web sont déformées et beaucoup d'âneries sont ainsi colportées.
Certains annoncent la mort de la société Openmoko, d'autres la fin du Freerunner et d'autres encore se permettent de critiquer vertement le projet avec des arguments lamentables.
Je vous invite donc à signaler dans les commentaires de ces sites les erreurs que vous relèverez.

L'un des articles les plus correct que j'ai vu (et c'est assez rare pour mériter d'être cité) est celui de Génération NT.

L'intégralité de la conférence en vidéo :


Sean Moss-Pultz: Open for Opportunities